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Guide/III. Sécurité

Respiration et strangulation

Serrer un cou n’a pas de version sûre. Cette page explique ce qui se passe dans le corps, ce que disent les données, et ce qu’on peut faire à la place.

8 min de lecture · 22 sources · vérifié en octobre 2026

Peinture à l’huile : une main levée, paume ouverte, en signe d’arrêt
Dans ce chapitre
  1. Ce qui se passe dans le corps
  2. Ce que disent les données
  3. Pourquoi « je contrôle » ne suffit pas
  4. Ce qu’on peut faire à la place
  5. Si c’est arrivé
  6. Quand ce n’est pas un jeu
  7. Pour aller plus loin

Cette page ne contient aucune technique, ni « douce » ni « moins risquée ». Ce n’est pas un oubli. Debby Herbenick, chercheuse en santé publique à l’université de l’Indiana, étudie la strangulation pendant les rapports sexuels depuis plusieurs années. D’après le compte rendu d’une de ses conférences, son message principal tient en une phrase : il n’existe pas de manière sûre d’étrangler quelqu’un1.

Un mot de vocabulaire. On entend souvent l’anglais choking, qui désigne d’abord l’étouffement par un objet coincé dans la gorge. Ce dont il est question ici, c’est une pression sur le cou : une strangulation, même consentie.

Ce qui se passe dans le corps

Le cou concentre sur quelques centimètres ce qui alimente le cerveau : les artères carotides sur les côtés, les veines jugulaires qui ramènent le sang vers le cœur, la trachée devant. Une pression peut fermer les veines (le sang arrive mais ne repart plus), fermer les artères (il n’arrive plus) et gêner le passage de l’air2. Le cerveau manque d’oxygène très vite. Dans des expériences des années 1940 citées par une revue médicale australienne, la perte de connaissance survenait en moyenne vers 6,8 secondes, entre 4 et 10 selon les personnes, et des convulsions pouvaient apparaître vers 14 secondes2.

Sur le côté du cou se trouve aussi le sinus carotidien, un capteur de pression qui participe au réglage du rythme cardiaque. Le comprimer peut déclencher un réflexe qui ralentit brutalement le cœur ; son rôle exact dans certains décès reste débattu en médecine légale3.

Ce qui peut en résulter :

  • une perte de connaissance, qui signale déjà au moins une lésion cérébrale légère selon une revue systématique4 ;
  • des lésions cérébrales dues au manque d’oxygène, des convulsions, des troubles de la parole ou du mouvement24 ;
  • une dissection artérielle, c’est-à-dire une déchirure de la paroi d’une carotide ou d’une artère vertébrale, qui peut provoquer un AVC plus tard. Les deux premières semaines sont les plus à risque, mais des AVC ont été décrits plusieurs mois après une strangulation2, et les recommandations britanniques de médecine légale retiennent un risque vasculaire jusqu’à douze mois5 ;
  • un trouble du rythme cardiaque par réflexe3 ;
  • la mort61.

Ce que disent les données

Étude Ce qu’elle montre Ses limites
Bichard et al., 2022, revue de 30 études4 Dissections artérielles, AVC, pertes de connaissance, convulsions, troubles moteurs et de la parole, mais aussi stress post-traumatique et dépression Surtout des cas cliniques et de l’auto-déclaration, dans des contextes de violence conjugale ou sexuelle
Herbenick et al., 2022, 4 254 étudiant·es tiré·es au sort sur un campus américain7 Parmi les personnes étranglées pendant un rapport : 43 % ont senti qu’elles ne pouvaient plus respirer, 38 % ne pouvaient plus parler, environ 15 % ont remarqué des bleus au cou, 3 % ont perdu connaissance Déclaratif, un seul campus
Huibregtse et al., 2025, 32 étudiantes8 Taux sanguin de S100B, un marqueur de lésion neurologique, plus élevé chez les 15 étudiantes étranglées récemment et souvent que chez les 17 qui ne l’avaient pas été Étude transversale : une association, pas une preuve de cause ; petit échantillon
Sweeney et al., 2026, 29 femmes, essai croisé randomisé9 Après un rapport consenti avec strangulation, hausse de la NfL, marqueur de souffrance des axones, et d’un marqueur inflammatoire ; pas de hausse après un rapport sans strangulation Petit échantillon, prises de sang dans les 24 heures : les effets à long terme restent inconnus
Sharman et al., 2024, 4 702 Australien·nes de 18 à 35 ans10 57 % ont déjà été étranglé·es pendant un rapport, 51 % ont déjà étranglé quelqu’un Déclaratif, un seul pays

Ces chiffres décrivent une pratique qui s’est banalisée bien au-delà du BDSM. Dans l’enquête australienne, la plupart des personnes interrogées ignoraient qu’une strangulation, même consentie, peut causer des blessures graves, et la source d’information la plus citée était la pornographie (61 %), devant le cinéma, les ami·es et les réseaux sociaux11. Dans l’enquête américaine, la première expérience se situait en moyenne vers 19 ans, et plus de quatre personnes sur cinq y associaient aussi des sensations agréables7. C’est ce qui rend la pratique attirante. Ça ne la rend pas moins risquée.

Pourquoi « je contrôle » ne suffit pas

Le raisonnement est tentant : je sais doser, je surveille, j’arrête au moindre signe. Il bute sur plusieurs faits.

La marge se compte en secondes. Entre « ça va » et la perte de connaissance, il n’y a pas le temps d’un échange. Et la personne qui commence à perdre connaissance peut perdre aussi la capacité de retirer son accord, en mots comme en gestes1. Dans l’enquête américaine, plus d’une personne sur trois disait ne plus pouvoir parler7. Un safeword suppose quelqu’un en état de le donner.

La pression ne se voit pas. Environ la moitié des personnes étranglées n’ont aucune lésion visible au cou5. Pas de marque ne veut pas dire pas de dégât.

Le dégât peut arriver plus tard. Une dissection peut se manifester des jours ou des semaines après, quand la scène est loin2.

« Appuyer seulement sur les côtés » n’est pas une précaution. C’est précisément là que passent les carotides et le sinus carotidien. Herbenick rappelle que toute restriction du flux sanguin vers le cerveau est dangereuse, quelle qu’en soit la durée1.

Enfin, aucune expérience ne permet de voir ce qui se passe dans une artère.

Ce qu’on peut faire à la place

Si ce qui t’attire, c’est l’abandon, la vulnérabilité, le fait d’être tenu·e, d’autres gestes portent cet imaginaire. Ce ne sont pas des versions sûres de la strangulation. Ce sont d’autres jeux, avec leurs propres risques (voir Sécurité), qui travaillent le même imaginaire sans toucher à ce qui irrigue le cerveau.

  • Une main posée sans aucune pression, comme un symbole. Négocie-la comme un geste fixe : elle ne serre pas, ne glisse pas, ne remonte pas. Posée à plat sur le haut de la poitrine plutôt que sur le cou, elle lève toute ambiguïté. Si l’envie d’appuyer arrive, ce n’est plus le même jeu, et ça se rediscute à froid.
  • Les poignets maintenus, au-dessus de la tête ou dans le dos.
  • Le regard, soutenu, qu’on n’a pas le droit de quitter.
  • Les mots : nommer ce qui se passe, annoncer, ordonner.
  • Un bandeau, qui retire la vue sans toucher à l’air.
  • Une immobilisation qui laisse le cou et la poitrine libres : être tenu·e dans les bras, les chevilles attachées, le poids de l’autre sur les jambes plutôt que sur le torse.

Si un·e partenaire te serre le cou sans que ce soit négocié, ce n’est pas un jeu qui a dérapé. C’est une limite franchie.

Si c’est arrivé

Consentie ou non, une strangulation mérite qu’on surveille les jours qui suivent. Consulte si l’un de ces signes apparaît, le jour même ou plus tard512 :

  • des maux de tête intenses ou inhabituels ;
  • des troubles de la vision : points lumineux, vision en tunnel, changement soudain de la vue ;
  • une difficulté à parler ou à trouver ses mots ;
  • une voix rauque ou changée ;
  • une difficulté ou une douleur à avaler ;
  • de la confusion, des trous de mémoire, des vertiges ;
  • une gêne pour respirer.

Les numéros : 144 en Suisse13, 15 ou 112 en France14, 112 en Belgique15, 911 au Québec16. Ne reste pas seul·e dans les deux ou trois jours qui suivent : l’Institut de médecine légale de l’État de Victoria, en Australie, décrit les 24 à 72 premières heures comme une période à haut risque de complications retardées12, et le ministère de la Santé de Tasmanie donne la même consigne17.

Aux urgences ou chez le ou la médecin, dis le mot : strangulation. Les recommandations britanniques notent que les patient·es le disent rarement spontanément, parlent plutôt d’avoir été « attrapé·es » ou de breath play (jeux de respiration), et qu’une absence de marque ne doit pas empêcher les examens5. Tu n’as pas à raconter le contexte. Dis ce qui s’est passé sur le cou, combien de temps, et si tu as perdu connaissance.

Quand ce n’est pas un jeu

La strangulation non consentie est l’un des marqueurs les plus graves de violence conjugale. Dans une étude menée dans onze villes américaines auprès de femmes victimes de violences conjugales, avoir déjà été étranglée par son partenaire était associé à une probabilité environ sept fois plus élevée d’être ensuite tuée par lui18. Un abus dans un cadre BDSM reste un abus, et une scène ne rend pas acceptable un geste qui n’a pas été négocié.

Si tu es concerné·e, ou si un·e proche l’est :

  • Suisse : aide aux victimes au 142, gratuit et anonyme, qui n’est pas un numéro d’urgence ; en cas de danger, police au 11719 ;
  • France : 3919 (Violences Femmes Info), police au 1720 ;
  • Belgique : Écoute violences conjugales au 0800 30 03021 ; en cas de danger, police au 10115 ;
  • Québec : SOS violence conjugale au 1 800 363-9010, jour et nuit22 ; en cas de danger, 91116.

D’autres lignes et services sont présentés dans Ressources.

Pour aller plus loin

  • Sécurité : les principes généraux, les autres pratiques et quand appeler les secours.
  • Consentement : négocier, retirer son accord, reconnaître une limite franchie.
  • Ressources : lignes d’aide, aide aux victimes et services qui connaissent les pratiques BDSM, par pays.
  • Portrait : poser tes limites, y compris celles qui touchent au cou, avant d’en avoir besoin.

Sources

  1. Backal, N., 2024. Sex and strangulation: Dr. Debby Herbenick speaks at RSVP Center event. Student Life (Washington University in St. Louis). lien ↑↑↑↑

  2. Victoire, A., De Boos, J. et Lynch, J. M., 2022. ‘I thought I was about to die’: Management of non-fatal strangulation in general practice. Australian Journal of General Practice, 51(11). lien ↑↑↑↑↑

  3. Suárez-Peñaranda, J. M., Cordeiro, C., Rodríguez-Calvo, M., Vieira, D. N. et Muñoz-Barús, J. I., 2013. Cardiac inhibitory reflex as a cause/mechanism of death. Journal of Forensic Sciences, 58(6), 1644-1647. lien ↑↑

  4. Bichard, H., Byrne, C., Saville, C. et Coetzer, R., 2022. The neuropsychological outcomes of non-fatal strangulation in domestic and sexual violence: A systematic review. Neuropsychological Rehabilitation, 32(6), 1164-1192. lien ↑↑↑

  5. Institute for Addressing Strangulation et Faculty of Forensic & Legal Medicine, 2025. Guidelines for clinical management of non-fatal strangulation in acute and emergency care services, version de juillet 2025. IFAS. lien ↑↑↑↑↑

  6. Sauvageau, A. et Racette, S., 2006. Autoerotic deaths in the literature from 1954 to 2004: a review. Journal of Forensic Sciences, 51(1), 140-146. lien ↑↑

  7. Herbenick, D., Fu, T.-C., Eastman-Mueller, H., Thomas, S., Svetina Valdivia, D., Rosenberg, M., Guerra-Reyes, L., Wright, P. J., Kawata, K. et Feiner, J. R., 2022. Frequency, Method, Intensity, and Health Sequelae of Sexual Choking Among U.S. Undergraduate and Graduate Students. Archives of Sexual Behavior, 51(6), 3121-3139. lien ↑↑↑

  8. Huibregtse, M. E., Alexander, I. L., Fu, T.-C., Klemsz, L. M., Rosenberg, M., Fortenberry, J. D., Herbenick, D. et Kawata, K., 2025. Association of blood biomarkers for neural injury with recent, frequent exposure to partnered sexual strangulation in young adult women. Journal of Sexual Medicine, 22(5), 961-970. lien ↑

  9. Sweeney, S. H., Recht, G. O., Lima-Cooper, G., Datta, D., Buddenbaum, C. V., Day, H., Buehler, B., Huibregtse, M. E., Herbenick, D. et Kawata, K., 2026. Acute blood biomarker responses to consensual sexual choking/strangulation in young adult women: a randomized crossover study. Frontiers in Global Women’s Health, 6, 1717361. lien ↑

  10. Sharman, L. S., Fitzgerald, R. et Douglas, H., 2024. Prevalence of Sexual Strangulation/Choking Among Australian 18-35 Year-Olds. Archives of Sexual Behavior. lien ↑

  11. University of Melbourne, 2024. Study finds strangling during sex common, but understanding is low. Newsroom, University of Melbourne. lien ↑

  12. Victorian Institute of Forensic Medicine, 2026. Non-Fatal Strangulation Discharge Advice. VIFM. lien ↑↑↑

  13. Confédération suisse et cantons, s. d. Urgences et dangers. ch.ch. lien ↑

  14. Direction de l’information légale et administrative, 2024. Le 0 800 112 112 : un numéro qui vous rappelle en cas d’urgence. Service-Public.fr. lien ↑

  15. SPF Intérieur, s. d. Il y a toujours quelqu’un pour vous aider en cas de besoin. 112.be. lien ↑↑

  16. Gouvernement du Québec, s. d. Quand et comment utiliser le 911 au Québec. Québec.ca. lien ↑↑

  17. Department of Health Tasmania, s. d. Non-fatal strangulation. Tasmanian Government. lien ↑

  18. Glass, N., Laughon, K., Campbell, J., Block, C. R., Hanson, G., Sharps, P. W. et Taliaferro, E., 2008. Non-fatal strangulation is an important risk factor for homicide of women. Journal of Emergency Medicine, 35(3), 329-335. lien ↑

  19. Aide aux victimes en Suisse, 2026. Aide aux victimes en Suisse, numéro 142. aide-aux-victimes.ch. lien ↑

  20. Gouvernement français, s. d. Arrêtons les violences. arretonslesviolences.gouv.fr. lien ↑

  21. Écoute violences conjugales, s. d. Écoute violences conjugales, 0800 30 030. ecouteviolencesconjugales.be. lien ↑

  22. SOS violence conjugale, s. d. SOS violence conjugale. sosviolenceconjugale.ca. lien ↑